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Moria Brûle – Est-ce un dernier appel au réveil ?

Global Campaign

14 septembre 2020

 

Source: Transnational Migrant Platform – Europe

 

 

MORIA brûle, encore une fois. Cette horreur documentée au cœur de l’Europe, a été dénoncée dès son début (2015) par des dizaines de rapports d’organisations de défense des droits humains, d’organisations humanitaires et d’autres organisations non gouvernementales. Près de 20 000 (au plus fort en février dernier) et au moment de l’incendie 13 000 êtres humains étaient enfermés dans une prison de boue, de déchets et de violence, derrière des fils barbelés. MORIA est un limbe planifié, où les réfugiés sont privés de leur droit à l’asile, à la liberté et à la dignité, incapables d’accomplir les activités quotidiennes les plus élémentaires, comme dormir, manger ou communiquer ; où les soins de santé et l’éducation ont été refusés à environ 4 000 enfants ; laissés sans rêves ; des adolescents que les taux anormaux de tentatives de suicide auraient dû alerter sur le niveau de désespoir dans le camp (MSF) ; des femmes terrorisées par les viols quotidiens, le manque d’hygiène et la violence rampante. Des centaines de témoignages révélant les niveaux de “non-vie” insupportables à MORIA sont restés sans écho pendant des années.

 

Aujourd’hui, le camp, qui était sur le point d’être fermé, a été réduit en cendres. Mais comment cette construction – l’abandon d’êtres humains réduits à “des nombres et des corps” – a-t-elle pu réapparaître sous la forme d’une île au cœur de l’Europe du XXe siècle ? Comment cet apartheid et cette souffrance comme gestion planifiée de “l’autre”, du “migrant” ont-ils été acceptés et tolérés dans le long silence de 5 ans ? Ce “confinement” inhumain avait été érigé en modèle pour les politiques migratoires par la Commission européenne et les États membres de l’UE. MORIA a été l’essence du modèle de dissuasion visant à décourager la fuite des demandeurs d’asile potentiels des pays en guerre et à les repousser vers les ruines, scellées par l’accord UE-Turquie en 2016. Il est prouvé que sur les îles grecques, la Convention de Genève était constamment violée au quotidien. A-t-elle été enterrée à Lesbos ? 

 

La réalité la plus troublante de toutes est que MORIA n’est pas exceptionnelle – mais fait parti d’une chaîne de camps et d’hotspots à travers l’Europe, construits comme des sites “sans droits” et pour un anéantissement systématique et planifié de “l’autre”, psychiquement détruit dans des camps, où ils auraient même pu être brûlés vifs. Les frontières de l’UE ainsi que les routes maritimes sont également devenues des lieux de mort où des milliers de personnes se sont noyées. Cette situation est révélatrice de la politique globale de nécropolitique pratiquée par l’Union européenne et ses États membres à l’égard des populations migrantes et réfugiées et se combine avec la politique d’externalisation militarisée des frontières. Et à l’intérieur de la forteresse Europe – comme le montre graphiquement cette époque de COVID-19 – les travailleurs migrants qui constituent une grande partie des “travailleurs essentiels” dans l’agriculture, les soins et le travail domestique sont également privés des droits fondamentaux, soumis à un racisme quotidien et privés des conditions nécessaires pour vivre une vie humaine décente. 

 

Faisant partie de cette Europe qui se reconnaît encore avant tout comme “humaine”, et rejoignant tous les mouvements qui en ces heures font entendre leur voix, nous, les signataires, qui sommes témoins depuis des années du sort tragique des peuples migrants et réfugiés, dénonçons encore plus le feu de MORIA comme expression symbolique et très visible du crime contre l’humanité silencieux, permanent et planifié dont la Commission européenne et les États européens sont responsables, comme le souligne la sentence du Tribunal Permanent des Peuples (2017-2019). Les interventions humanitaires de ces heures – déjà minimes en soi – ne peuvent qu’apparaître comme une opération de secours pour sauver la face. Une fois de plus, ces déclarations font référence à une temporalité sans échéances, et confirment donc la politique génocidaire existante – puisque la Commission européenne, et les gouvernements de l’UE optent pour une identité qui se déclare exempte des obligations de cette civilisation du droit. Ces obligations se devaient d’être cohérentes avec l’engagement “plus jamais ça” contre les camps d’extermination et avaient fait de l’Europe un lieu d’accueil et un indicateur de son propre projet de développement. 

 

Nous en appelons donc à la CE et à tous les États européens :

 

  • D’évacuer d’urgence l’île et de reloger en toute sécurité et dignité les populations migrantes et réfugiées de MORIA.
  • Mettre fin à la criminalisation des migrants et des réfugiés et à la criminalisation de la solidarité.

 

Ce n’est pas un crime d’émigrer ou de demander l’asile ! C’est un droit humain!

 

Les mouvements et organisations qui ont convoqué la 45e session du TPP sur le droit des personnes migrantes et réfugiées

 

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